Des formes-femmes, des objets-natures mortes intriguent l’œil fureteur.
Les figures féminines remémorent les Vénus stéatopyges de l’art paléolithique. La figuration humaine se réduit à un torse, sans jambe ni bras, parfois sans tête, aux fesses et aux seins proéminents. L’artiste réduit, élimine, purifie. Il met en valeur les attributs proprement féminins : triangle pubien, saillie fessière, seins ronds, générosité du bassin, rétrécissement de la taille. La représentation nette de la tête où le nez surgit d’une manière coupante sur un visage plat, évoque les idoles cycladiques.
Courbes, surfaces, volumes s’organisent en une syntaxe plastique dont l’harmonie n’est jamais fortuite, se subliment en cette figure de Maternité ou se transforment en un clin d’œil en Sirène ; recréation des formes archaïques mais universelles qui se reconnaît aussi dans l’Etrusque. La cambrure exagérée, la disproportion anatomique, le jeu abstrait du drapé évoquent les défunts couchés sur les couvercles des urnes cinéraires.
Cette série est marquée par une prédominance de la frontalité, des volumes volontairement simplifiés, accusés. Les statuettes de la seconde série s’animent, s’enroulent. Elles deviennent plus anecdotiques (joueuses de ballon), plus réalistes (les traits du visage sont soulignés, la chevelure incisée, les membres développés). Elles semblent désacraliser, prennent des attitudes de recueillement, de méditation. Si la référence aux idoles préhistoriques s’impose pour les figures féminines, l’hommage à Cézanne paraît évident pour les sculptures-natures mortes. Hommage à Cézanne bien sûr et à tous ces illustres peintres d’objets inanimés, des fresques pompéiennes à Dali.
Le thème de la nature morte en sculpture est rare, il est traité ici avec délectation. Berdal fabrique des objets qui lui font plaisir en liant autrement des formes déjà vues, en détournant des reliefs, en métamorphosant des objets ou des fruits. Le compotier n’a-t-il pas l’allure d’un haut-de-forme ramolli ?
Grain à grain, Berdal maçonne, façonne le bloc d’où naissent les volumes mais aussi plus simplement les empreintes.
L’œuvre ne suggère pas seulement une atmosphère d’intimité domestique, elle possède une vie indépendante et poétique.
Le choix du matériau, l’utilisation nuancée de la couleur et de la patine, la rigueur de la composition contribuent à créer de véritables tableaux sculptés. Berdal impose son émotion devant la beauté entrevue dans les figurines antiques, dans les ustensiles et aliments quotidiens, il restitue surtout les premiers émerveillements de l’enfant confronté au corps maternel et les premières palpitations du familier.
Marie-Christine Maufus, archéologue de formation, bibliothécaire et chargée de recherches à la Fondation Wildenstein (catalogue raisonné de l’œuvre de Claude Monet).