Alex Berdal nait à Perpignan, ville-refuge de ses parents, républicains de la guerre d’Espagne. Son enfance est marquée par l’activité intellectuelle et politique intense de son
père Thomas. Face à la vocation précoce d’Alex pour la peinture, Thomas l’introduit auprès de professionnels plasticiens de la communauté catalane. Ses jeudis d’enfant sont
sérieux : peinture à l’huile en atelier. Alex est le centre de la famille, adulé par son père et sa mère Pilar, effaçant sa sœur Lida pourtant femme exemplaire dans le
domaine de la médecine.
Hésitant entre cursus médical et peinture, Alex Berdal opte pour les Beaux-Arts. Ce déjà-professionnel de 19 ans passe brillamment les concours de peinture de l’école, ce qui lui
permet de payer son matériel (4 toiles recouvertes 10 fois). Il dévore les unités d’enseignement en histoire de l’Art, construisant une pensée sur la représentation, riche
de toutes les cultures. Paradoxe pour son talent en sculpture, il en rate l’unité de valeur en première année. Il saisit alors l’opportunité d’une césure d’un an :
le compagnonnage sur la fresque du théâtre de la Courneuve auprès de Mentor.
De retour aux Beaux-Arts, Alex Berdal se cherche sur un mode schizophrénique, d’un post-cubisme intime au « classicisme » affiché dans l’atelier Chapelain-Midi, dont il
devient le massier. Il incarne ainsi la figuration au prix de Rome, véritable acte antirévolutionnaire en 1968. Ceci vaut à ce premier logiste (premier à l’esquisse) de n’avoir
qu’un second prix de Rome, ex-æquo avec un peintre non figuratif.
1970L’Espagne retrouvée
« Jardin en Espagne » 1970. Encre sur papier, 19 cm x 21 cm
L’Espagne était pour Alex Berdal un mythe où il ne retournerait jamais, son premier souvenir géographique – mur de pierres sèches, lumière dorée, épaules et sourire bienveillant
de son grand-père. Son pays d’origine l’accueille enfin, pensionnaire de la Casa Velázquez à Madrid.
L’Espagne lui donne sa première femme – une peintre talentueuse Josefina Ingles, le goût des corridas, des tapas, du marché du Rastro de Madrid et le ténébrisme de ses peintures
des années 1970. A l’envi, il décline dessins à l’enlever, peintures de nature morte clair-obscur, nus ronds, paysages Méditerrannéens. Tout simplement, c’est un jeune artiste
accompli et heureux.
1972Un début de carrière sur Paris
« l’Arlequine ». Bronze 11 cm x 34,5 cm. Kaolin créé en 1972 dans l’atelier Arte in porcelana, Betera. Fonderie Blanchet-Landowski, Bagnolet.
Depuis la Casa Velázquez, Alex Berdal peut peindre en professionnel : contrat avec le Japon, accueil à la Cité des artistes dès son retour puis atelier de la Ville de Paris :
un duplex perché face au Sacré-Cœur. Sa carrière est fulgurante : exposition prestigieuse au jardin des tuileries, prix dans les grands salons, ventes à l’international…
Son beau frère Ramon Ingles est à la tête d’une entreprise florissante de faïences à Betera en Espagne. Alex y séjourne régulièrement et s’essayera à la sculpture sur kaolin
(sculptures post-cubistes dont, l’Arlequine). Son fils Pablo né en 1974 demeure aux côtés de sa mère sur Betera. Les tempéraments impétueux d’Alex et de Fina auront rapidement
raison de leur mariage. Son marchand Paul Sonnenberg lui apporte une sécurité financière et une ambiance familiale qui l’apaise.
Cette période « ténébriste » de sa peinture lui est achetée en exclusivité. On en retrouve la trace dans une belle exposition de la galerie
Les Atamanes.
1980Une maturité professionnelle joyeuse
« Love » 1992. Huile sur toile
Après le chaos de sa séparation d’avec sa nouvelle muse Evelyne et de son marchand, Alex Berdal rebondit. Il s’épanouit dans une vie personnelle et professionnelle joyeuse, équilibrée,
insouciante auprès de son épouse Ariane. Il accède au succès sans pour autant s’intéresser à sa gloire. Porté par le climat artistique favorable et un environnement professionnel
et personnel heureux, il crée ses œuvres peintes sans se soucier de sa renommée.
Il décline avec une certaine volupté les thèmes qu’il a emprunté au classicisme – nus, natures mortes, paysages, portraits. Il se produit dans les salons, dans de multiples
expositions en France et à l’international. Il gravite dans un cercle fourni d’amateurs, de collectionneurs, de collègues, d’amis.
Berdal apprécie les jeunes courtiers, comme Francis Barlier à l’époque. Il a quelques difficultés avec les galéristes établis dont il refuse les règles. Il souhaite poursuivre
sa quête artistique et
intellectuelle en toute liberté. Reconnaissance, honneurs et visibilité le laissent indifférent. Il faut reconnaitre aussi que ce grand timide, cet homme de grand doute gère difficilement
le relationnel qui accompagne une carrière.
1990L’hybridation des thèmes de la peinture à la sculpture
« Nus aux rochers », 1997. Huile sur toile
Parallèlement à sa peinture, Berdal a toujours été sculpteur. Ce fût d’abord en dilettante et sans objectif défini, sur papier de sucre, caillou ramassé, morceau de bois, fonte
d’étain. Cette activité de sculpture prendra progressivement le pas sur la peinture. Il s’adonnera à la chaîne du bronze dans plusieurs ateliers : du moulage, à la naissance
du bronze non dégrossi au sortir du réfractaire, à sa finition et dans son ultime étape signifiante pour le sculpteur-peintre qu’était Alex Berdal : la patine.
Il développe une complicité amicale dans deux décennies de travail et de passion avec le fondeur Candide Ribeiro de l’atelier
Candide Bronze d’Art. Leurs expériences de patine étaient homériques, allant des acides les plus classiques aux produits chimiques les plus fous, avec un jour du mercurochrome,
apportant une patine… rose.
Sa première période de sculpture est consacrée au nu et à la nature morte, dans la continuité de sa création picturale où galbes féminins, de granit, de fruits se font écho comme
dans la peinture « Nus aux rochers » par exemple. Il se promène avec malice et délice en préhistoire, chez les étrusques, dans le post-cubisme ou le surréalisme.
2000Une création libre et débridée
Pigeon Voyageur
Le développement sculptural d’Alex Berdal rejoint les « thèmes et variations » d’un Jean Sébastien Bach selon des déclinaisons surréalistes et composites de poissons,
d’oiseaux, de femmes, de fruits, de cailloux, de verres, de bois… Sa création invite à la découverte et au voyage.
Il finira par se dédier exclusivement à la sculpture : œuvres coulées en bronze à nombre restreint d’exemplaires à partir de plâtres originaux, taillés et modelés par addition,
œuvres uniques par fusion de métaux, du plus petit au plus grand.
2010Une curiosité culturelle jamais rassasiée
Alex Berdal a une personnalité douloureuse, forgée par la clandestinité et la précarité vécues par sa famille en exil politique. Son caractère est dual, presque schizophrène, à
la fois fort et fragile, visant une dimension universelle et se questionnant sur ses propres limites, se positionnant à la fois en modeste artisan et en universaliste.
« La pintura e cosa mentale »
Léonard de Vinci
Il est empreint d’un sentiment d’insécurité et de révolte assumée. Il dit pratiquer une « révolution interstitielle » : de celles qui, bien que volontairement
invisibles, font évoluer la pensée. Avec passion, il explore le monde et ses représentations. Il conceptualise le regard, le sien, celui de l’autre, celui que l’art introduit
et qui impacte l’observateur. Ses œuvres, apparemment simples – une poterie, une femme au chapeau, un paysage méditerranéen – sont complexes. Tout en jeux cachés,
elles se laissent voir par un long dialogue.
Alex Berdal cherche sans relâche et dans toutes les directions, s’intéressant aux travaux de Michel Foucault à Karl Popper. Il intègre la dimension fractale de Benoît Mandelbrot
dans ses constructions picturales. Il écrit sans publier poèmes, romans, réflexions, notes. Parallèlement à sa carrière de plasticien et tout au long de sa vie, Alex Berdal aura
mené une ascèse personnelle. Sa recherche, suivie avec constance et intensité, le conduisit progressivement vers une vie plus retirée, de quasi-ermite, consacrée entièrement à
sa pratique de la sculpture et à sa pensée artistique.
Alex Berdal, Fragments d’une vie d’artiste recomposée par Pascal Payen-Appenzeller – Édition le Geste d’Or 2025
Il enragera de ne pouvoir donner corps au puits sans fin de son imagination créative. Sa justesse d’analyse et ses immenses connaissances culturelles de la préhistoire à nos jours,
ses dires de sa voix cassée et hésitante et les fondements conceptuels sophistiqués de son œuvre sont difficilement retraçables.
Ses pensées prennent forme dans un effort partagé de mémoire qui nous donne à connaitre cet « artiste-chercheur mathématicien » aux dires de son ami, Pascal Payen-Appenzeller,
président de l’association
Le Geste d’Or.
1969 – Grand Prix international du Prince Rainier III de Monaco
1970 – Exposition et voyage à Tokyo, Osaka, Kyoto
1971 – Pensionnaire de la Casa de Velasquez
1971 – Grand Prix des Jeunes du Salon d’Automne
1974 – Exposition à l’Orangerie du Sénat
1975 – Exposition et voyage à Léningrad et Moscou avec le Salon des Artistes Français
1978 – Médaille d’or du Salon des Artistes Français
1979 – Prix Taylor du Salon d’Automne
1980 – Prix Antral, Prix du Club des Amis de l’Europe et des Arts
1982 – Second Prix des Yvelines
1983 – Orchidée d’or
1985 – Grand Prix Renée Béjà de la Fondation Taylor, sociétaire du Salon d’Automne, du Salon des Artistes Français, des Peintres Témoins de leur Temps
Représenté dans les collections du Musée de la Ville de Paris, du Prince Rainier III de Monaco, du Musée d’Art Moderne de Téhéran, du Musée de Fontainebleau
Expositions en Allemagne, en Angleterre, au Japon, au Pays-Bas, en Suisse, aux USA